Auteur/autrice : acidecoolblog

  • Reco’ culture et confiture #3

    Voici quelques recommandations d’oeuvres qui nous ont amusé, ému, impressionné, fasciné… pour construire un espace de joie et nous faire un peu respirer dans un monde oppressif. Notre espace Culture et Confiture espère que ça vous plaira. Fraise et mûre, partageons la culture en rouge et noir !

    Portugal, Pedrossa, Dupuis, 2011.

    Portugal c’est un objet imposant, 250 pages dans un grand format, mais son récit et le trait caractéristique de l’auteur lèvent vite ces barrières. Son graphisme si doux va nous mettre dans les pas de Simon Muchat un auteur de BD un peu dépassé par sa vie qui se retrouve par hasard à questionner l’histoire d’immigration de sa famille. Il va d’abord interroger son père et ses oncles et tantes, mettant en lumière les différences de mémoire et comment les rapports familiaux sont différents en fonction de nos places au sein de la famille. Simon part ensuite au Portugal retrouver ses lointains cousins et sa maison de famille. Le récit pose alors la question de la matérialité, de la langue, de l’origine des migrations.
    Cette BD va aborder tout en douceur des questions complexes comme l’identité, les racines et les relations familiales. Sans apporter une réponse normative, Pedrossa soulève un coin de la toile afin de constater la complexité et se laisser embarquer dans un récit qui est avant tout beau.

    D.E.B.S, Angela Robinson, 2004.

      Film réalisé par Angela Robinson et son équipe. On suit un groupe d’espionnes étudiantes qui tente d’arrêter la meilleure assassin du monde. Cette dernière reprend du service après une peine de coeur mais cherche en fait l’amour. Des sentiments naissent entre une espionne et cette femme assassin alors que tout les sépare. Ce film veut concourir pour le pitch le plus absurde. C’est une bonne parodie des films d’espionnage et ça se moque gentiment des relations hétéro. Et j’ai passé un meilleur moment devant ce film que le récent « Une bataille après l’autre ».

    1. Reco’ culture et confiture #2

      Voici quelques recommandations d’oeuvres qui nous ont amusé, ému, impressionné, fasciné… pour construire un espace de joie et nous faire un peu respirer dans un monde oppressif. Notre espace Culture et Confiture espère que ça vous plaira. Fraise et mûre, partageons la culture en rouge et noir !

      Ma guerre d’Espagne à moi, Mika Etchebéhère, Libertalia, 2015

      Mika et son compagnon, révolutionnaires trotskystes sud américains, se sont installé.es en France puis en Espagne dans les années 30 pour se plonger dans les remous de la révolution. Lors du démarrage de la guerre civile espagnole en 36 (qui voit s’affronter un camps nationaliste franquiste et un camps regroupant des Républicains et révolutionnaires de gauche) leur histoire militante et leur engagement valent à son compagnon de commander la colonne de miliciens du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste, un parti marxiste oppositionnel c’est à dire des marxistes non staliniens). Mais il meurt dès le début du conflit, elle se retrouvera naturellement poussée par ses camarades à prendre le commandement. On va donc suivre la vie de cette colonne des premières batailles à l’été 36 jusqu’à l’intégration totale dans l’armée en 37.
      Mika va nous amener dans ces différents temps de la guerre par le prisme de son commandement qui est humain avant d’être militaire. Elle va revenir sur le fonctionnement interne de ces colonnes, le rapport aux défaites, les raisons de la résistance mais aussi la bureaucratisation et les persécutions que ces miliciens non staliniens vont subir. Son témoignage va nous faire vivre une guerre qui n’est pas un récit idéologique ou une histoire bataille mais qui est emplie de doutes et de confrontation à une révolution attendue mais qui rencontre difficultés et contradictions
      Et franchement ça fait plaisir de lire un témoignage féminin sur la guerre d’Espagne, mais aussi de quitter les plus grands groupes pour explorer le POUM minorité dans la minorité révolutionnaire.
      Bref une porte d’entrée qui induit que l’on ait déjà quelques références sur ce conflit, mais malgré tout un récit assez simple et accessible.

      Les Cavaliers de l’Apocadipse, Libon, 2018.

      On vous conseille les Cavaliers de l’Apocadispe, de l’excellent Libon. Hilarant pour tout le monde, chaque album (sauf le quatrième) est un recueil d’histoires courtes de 4 pages racontant les aventures de trois petits garçons voulant s’amuser le plus possible.
      Confrontés à un monde hostile (les profs tyranniques, les adultes compliqués et l’ennui général du monde des grands), ils vont tenter de se divertir par tous les moyens, quitte à faire des grosses bêtises.
      Les albums sont un concentré de légèreté, de naïveté, de bougres qui vont toujours trop loin et des conséquences parfois cataclysmiques de trois enfants insoucieux en recherche de sensations.
      Sans jamais faire d’humour noir ou graveleux (on souffle un peu du nez par contre sur les « tarés » et autres « fous »), Libon n’est pourtant jamais dans la retenue et frôle parfois l’absurde tout en prenant clairement parti pour le monde des enfants et, quand on le lit, on ne peut pas lui donner tort.

    2. Congrès de la FNSEA : 80 ans et un héritage difficile à assumer

      La FNSEA a tenu son 80ème congrès à la fin du mois de mars. 80 ans, vous dites ? Ça sonne fin de guerre mondiale et réorganisation de l’organisation du travail en faveur des travailleur·euses. Fiers de leur âge, de leurs racines et de leur date de fondation, iels vont jusqu’à évoquer dans leurs discours le débarquement en Normandie comme marqueur du début de leur syndicalisme. Iels donnent pourtant une vision partielle et viciée de leur histoire. Édouard Lynch, pourtant historien et invité pour parler pendant ce congrès, n’aborde quasiment pas les origines de la FNSEA avant 1946.

      Allez, nous vous disons pourquoi c’est des affreux·ses depuis des lustres !

      En 1940, une fois que la IIIe République a confortablement installé Pétain dans son régime autoritaire, celui-ci décide de créer une structure unique pour le monde agricole : la « corporation agricole ». Fondée afin qu’elle soit le moteur de sa Révolution Nationale agrarienne, elle est pilotée par des notables et des grands propriétaires (et c’est pas très rigolo !).

      Mais des réseaux syndicaux paysans contre Pétain et l’occupant se formalisent, au point que l’un de leurs représentants, François Tanguy-Prigent, devienne ministre de l’Agriculture au sortir de la guerre. Ce ministère sort des acquis majeurs pour le monde agricole, notamment le statut de fermage qui donne le pouvoir aux locataires sur les terres. 

      En 1945 est alors créée la Confédération Générale de l’Agriculture (CGA) qui avait pour vocation de regrouper les composantes agricoles dans le but d’établir un rapport de force. Différentes fédérations cohabitent dans cette organisation : des fédérations d’exploitant·es, d’ouvrier·ères, de technicien·nes, de jeunes, mais aussi des coopératives, la mutualité (la sécu agricole), le crédit agricole. 

      Le parti unique n’a pas plu à tout le monde. Et les anciens grands propriétaires, déjà représentants au sein de la corporation agricole de Pétain, reprennent en main petit à petit leur fédération (la FNSEA) puis pourrissent le fonctionnement de la CGA. Tout cela se fait à base de fonctionnement interne (comme la possibilité pour les propriétaires non-exploitants d’intégrer la fédération), de règlements et de magouilles, avec le soutien des secteurs conservateurs (patronat et résistants de la onzième heure) et le silence d’un certain nombre de composantes de la gauche.

      La FNSEA actera à partir de là des orientations qui reprennent celles de 1940 et vont travailler à reprendre en main tous les espaces agricoles (avec des élu·es dans les coopératives agricoles et dans les crédits agricoles) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

      Il est à noter que des secteurs oppositionnels vont perdurer pendant des années au sein de la FNSEA, qui va être émaillée de scissions jusqu’au paysage syndical actuel.

      Bref, la FNSEA tient son héritage du fascisme bourgeois le plus imbriqué dans le système. Iels ont su tourner leur discours de l’agrarisme au libéralisme à outrance, mais derrière reste une même idée : régenter les sols, exploiter les hommes et les femmes, industrialiser le monde pour en tirer le plus grand bénéfice.