Catégorie : Communiqués

  • Congrès de la FNSEA : 80 ans et un héritage difficile à assumer

    La FNSEA a tenu son 80ème congrès à la fin du mois de mars. 80 ans, vous dites ? Ça sonne fin de guerre mondiale et réorganisation de l’organisation du travail en faveur des travailleur·euses. Fiers de leur âge, de leurs racines et de leur date de fondation, iels vont jusqu’à évoquer dans leurs discours le débarquement en Normandie comme marqueur du début de leur syndicalisme. Iels donnent pourtant une vision partielle et viciée de leur histoire. Édouard Lynch, pourtant historien et invité pour parler pendant ce congrès, n’aborde quasiment pas les origines de la FNSEA avant 1946.

    Allez, nous vous disons pourquoi c’est des affreux·ses depuis des lustres !

    En 1940, une fois que la IIIe République a confortablement installé Pétain dans son régime autoritaire, celui-ci décide de créer une structure unique pour le monde agricole : la « corporation agricole ». Fondée afin qu’elle soit le moteur de sa Révolution Nationale agrarienne, elle est pilotée par des notables et des grands propriétaires (et c’est pas très rigolo !).

    Mais des réseaux syndicaux paysans contre Pétain et l’occupant se formalisent, au point que l’un de leurs représentants, François Tanguy-Prigent, devienne ministre de l’Agriculture au sortir de la guerre. Ce ministère sort des acquis majeurs pour le monde agricole, notamment le statut de fermage qui donne le pouvoir aux locataires sur les terres. 

    En 1945 est alors créée la Confédération Générale de l’Agriculture (CGA) qui avait pour vocation de regrouper les composantes agricoles dans le but d’établir un rapport de force. Différentes fédérations cohabitent dans cette organisation : des fédérations d’exploitant·es, d’ouvrier·ères, de technicien·nes, de jeunes, mais aussi des coopératives, la mutualité (la sécu agricole), le crédit agricole. 

    Le parti unique n’a pas plu à tout le monde. Et les anciens grands propriétaires, déjà représentants au sein de la corporation agricole de Pétain, reprennent en main petit à petit leur fédération (la FNSEA) puis pourrissent le fonctionnement de la CGA. Tout cela se fait à base de fonctionnement interne (comme la possibilité pour les propriétaires non-exploitants d’intégrer la fédération), de règlements et de magouilles, avec le soutien des secteurs conservateurs (patronat et résistants de la onzième heure) et le silence d’un certain nombre de composantes de la gauche.

    La FNSEA actera à partir de là des orientations qui reprennent celles de 1940 et vont travailler à reprendre en main tous les espaces agricoles (avec des élu·es dans les coopératives agricoles et dans les crédits agricoles) pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

    Il est à noter que des secteurs oppositionnels vont perdurer pendant des années au sein de la FNSEA, qui va être émaillée de scissions jusqu’au paysage syndical actuel.

    Bref, la FNSEA tient son héritage du fascisme bourgeois le plus imbriqué dans le système. Iels ont su tourner leur discours de l’agrarisme au libéralisme à outrance, mais derrière reste une même idée : régenter les sols, exploiter les hommes et les femmes, industrialiser le monde pour en tirer le plus grand bénéfice.

  • Tous et toutes dans la rue pour manifester contre le racisme, le fascisme et les violences d’état

    Chaque jour un peu plus, le fascisme s’installe. Il séduit la bourgeoisie. D’un côté, le fascisme lui permet d’user de sa force brute, sans être entravée par les quelques limites imposées par une démocratie libérale. De l’autre, il lui permet aussi d’offrir à une partie du prolétariat le maintien ou l’accroissement de ses privilèges via l’exploitation des femmes, des personnes racisées, du vivant. La bourgeoisie voit également d’un très bon oeil la hiérarchisation des peuples si c’est pour lui offrir une main d’oeuvre précaire à exploiter. Beaucoup pensent à l’Italie voisine, dirigée par la néo-fasciste Giorgia Meloni, qui a ouvertement proclamé le Decreto Flussi dans ce sens. Mais n’oublions pas que l’Espagne, dirigée par le social-démocrate Pedro Sanchez, importe avec le GECCO, souvent pour quelques mois seulement des travaileur.euses du Sud Global pour les exploiter dans des conditions inhumaines, avant de les renvoyer dans leur pays d’origine. D’un côté et de l’autre du spectre politique électoral, le racisme est exploité pour la production capitaliste.

    Un immense élan international du fascisme et de la réaction s’est organisé autour des grandes puissances. Les massacres et les guerres restent tolérables sur des peuples jugés inférieurs. Les génocidaires de populations entières sont reçus par les institutions les plus prestigieuses, et rares sont ceux qui s’opposent frontalement aux coupables. 

    Il faut dire que le racisme est un formidable outil pour l’État. C’est bien le racisme qui lui permet de continuer sa politique coloniale en envoyant l’armée en Kanaky, en continuant son opération Wuambushu à Mayotte, en maintenant les Centres de Rétention Administrative et la politique répressive contre les sans papiers jusqu’au niveau européen. 

    C’est le racisme qui soude fraternellement les forces de l’ordre lorsqu’elles volent, frappent et tuent des personnes racisé·es, parfois sous l’oeil des caméras mais souvent à l’abri des regards. Récemment encore, El-Hacen Diarra est mort dans un commissariat parisien. A Toulouse, les forces de l’ordre sont mises en cause dans la mort de Bilal. Dans la Manche, entre la France et l’Angleterre, Mamadou Garanké Diallo s’est noyé en voulant fuir la répression liée à son OQTF. La Police, la justice et l’ordre établi se serrent les coudes alors que les cadavres s’accumulent en France, à Gaza, en Iran, au Soudan, sans aucune réponse politique, sans aucun émoi, sans minute de silence de la part des dirigeants. Qui a le droit aux larmes et à qui on les refuse. 

    Pour toutes ces raisons, et plus encore, parce que nous sommes anarchistes, nous serons dans la rue le 14 mars, pour manifester contre le racisme, les fascistes et les violences d’état.

  • #Defendrojava

    Alors que la répression d’Ahmed al-Charaa contre le Rojava se met en place et que les populations du Nord-Est de la Syrie reprennent les armes contre un ennemi qu’elles combattaient déjà du temps de la guerre civile syrienne, nous avons une pensée toute particulières pour nos camarades anarchistes au sein des Forces Démocratiques Syriennes qui ont combattu Daesh et ses alliés.

    Que dire sur le Rojava qui n’ait pas déjà été dit ? Au milieu d’une guerre civile atroce, nous nous sommes parfois réjoui·es de voir le drapeau des YPG ou des YPJ flotter au nord-est de la Syrie et des tentatives d’expérience autogestionnaire se mettre en place par des comités et conseils. Certain·es d’entre nous ont financé, d’autres ont combattu, et tant sont morts au front. Cette lutte était un symbole. Celui de la lutte anticoloniale des kurdes face au nettoyage ethnique et à la répression. Celui de l’union arabo-kurde pour leur survie après des décennies de propagande raciste. Celui de la libération des peuples face au joug des dictatures. Celui de la lutte armée féministe et parfois queer. Celui de la renaissance des Brigades Internationales et de la solidarité militante. Celui de la lutte contre l’islamisme théocratique, fasciste et mortifère. Comme tout symbole, nous avons parfois idéalisé ce combat.

    Soyons clairs, nous sommes extrêmement critiques du PKK. Acteur essentiel de la lutte pour l’auto-détermination kurde, il n’en reste pas moins un mouvement autoritaire, léniniste et impérieux. Si la place du PKK dans la lutte contre l’impérialisme est indéniable, sa structure et certaines de ses actions vont à l’encontre même de nos valeurs et de nos idéaux anarchistes. Il est cependant inconcevable de voir ses membres se faire abattre par l’armée syrienne, les mercenaires turcs ou par l’État Islamique qui se renforce petit à petit dans la région. 

    Bien que largement en marge des autres acteurs de la guerre civile, bourreaux et génocidaires, les FDS ont aussi été épinglés par Amnesty International pour mauvais traitements des prisonnier·ères, exécutions sommaires, actes de torture et crimes de guerre de nombreuses exactions, et d’un autoritarisme qui s’éloignait des idées revendiquées. La fin annoncée de la guerre civile syrienne aurait pu permettre l’expérience d’un confédéralisme démocratique en temps de paix. Il n’en sera rien.

    De grands bouleversements ont eu lieu : une démocratie directe et locale inscrite dans la constitution, l’égalité des genres et l’émancipation des femmes dans tous les milieux de la société, un projet écologique et de reforestation bien qu’entâché par la vente d’hydrocarbures… Le Rojava a été une réelle révolution sociale face au régime al-Assad, à l’État Islamique, et à l’extrême majorité des régimes du monde. Imparfaite, son impact réel a marqué depuis sa création la Syrie, l’Asie Occidentale et le monde entier.

    Aujourd’hui, la Turquie d’Erdogan jubile. Après avoir bombardé les infrastructures civiles du Rojava et après avoir financé les pires milices pour lutter contre l’émergence d’un Kurdistan, l’État Turc participe activement à la répression en amalgamant des peuples entier sous la bannière du PKK afin de s’attaquer à l’ensemble des composantes sociales organisées de la société kurde.

    De plus en plus isolés internationalement, la fin du Rojava exposera tous ses peuples aux pires exactions. La protection des minorités offerte par Damas avait déjà été offerte aux Alahouites et aux Druzes mais al-Charaa, ancien émir du Front al-Nosra et d’Hayat Tahrir al-Sham(HTS), a laissé ces populations se faire massacrer par des hommes portant aujourd’hui le blason de la nouvelle Syrie.

    Beaucoup reprennent les armes. Le combat n’est pas fini, et si les lignes de front changent au fil du temps, les montagnes kurdes semblent immuables et la lutte qui les habitent semble éternelles. Toutes les dictatures font front contre le Kurdistan. L’Iran, actuellement en proie à une révolution populaire, écrase l’opposition kurde avec toute sa force. Fer de lance des mouvements militants qui ont bouleversés la république islamique, les kurdes se voient massacrés par le régime des mollahs, en Iran et en Irak. Notre soutien aux peuples kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran et de Syrie doit être réaffirmé aujourd’hui, demain, et tous les jours jusqu’à la chute des frontières balafrant la région du Kurdistan. Partout, nous devons aider à l’émergence de l’auto-détermination, de la lutte contre le colonialisme, de l’anarchie enfin réelle et libératrice. 

    Manifestons, organisons-nous, donnons. Pour celles et ceux qui tombent dans l’exil. Pour celles et ceux qui restent combattre. Pour celles et ceux dans les geôles du nouveau régime. Pour celles et ceux qui, aujourd’hui, n’auront aucun soutien des gouvernements de la coalition internationale.

    #DefendRojava